Under The Pole III : passage du Nord-Ouest réussi !

Le 20 mai dernier l'expédition « Under The Pole III », menée par Ghislain Bardout et Emmanuelle Périé-Bardout, débutait à Concarneau. Direction le Groenland, le Canada, puis l'Alaska avec pour objectif des études sur la fluorescence naturelle et la biodiversité sous-marine à travers le passage du Nord-Ouest. Malgré une météo contraignante et une navigation difficile entre les glaces, ces spécialistes de la plongée polaire ont pu s'immerger dans des eaux glacées encore jamais explorées


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Le passage du Nord-Ouest : une course contre la montre

Cet été, l'équipe d'Under The Pole III est revenue au Groenland où certains membres de l'expédition ont retrouvé leurs amis Inuits rencontrés pendant l'hivernage de l'expédition précédente en 2014 et 2015. Durant un mois, ils ont enchainé les plongées dédiées aux programmes scientifiques avec des chercheurs CNRS, Marcel Koken et du Muséum National d'Histoire Naturelle, Cyril Gallut. Fin juillet, leur goélette d'exploration, le WHY,  a traversé la mer de Baffin et rejoint l'entrée du passage du Nord-Ouest à  Pond Inlet, au Canada. En 2015, l'équipe d'Under The Pole avait réalisé deux campagnes de plongées profondes, en été et en hiver sous la banquise, conduisant à  deux premières mondiales à  plus de 100 mètres sous l'océan Arctique. Cette année, équipés comme des spationautes avec leurs nouvelles combinaisons chauffantes et 50 à  100 kilos sur le dos, Ghislain Bardout et les co-équipiers ont réalisé une cinquantaine de plongées. « Ces plongées ont été parmi les plus belles que nous ayons jamais faites sous ces latitudes. Je me souviendrai en particulier de la découverte d'une épave lors d'un mouillage à  cause du mauvais temps. Le Canada nous a offert de très belles visibilités et toujours cette sensation extraordinaire d'explorer des zones inconnues jusque-là », raconte Ghislain Bardout.

Des plongées prometteuses

Lors de ces plongées, Marcel Koken, chercheur au CNRS et spécialiste de la fluorescence naturelle, a pu  photographier, filmer et prélever certaines espèces. Grâce à  ce travail, deux espèces prometteuses  ont pu être identifiées : « Nous avons trouvé un Quiton qui fluoresce et qui pourrait contenir une nouvelle protéine rouge fluorescente », explique Marcel Koken. Ce type de protéine est recherché car son application dans le domaine de l'imagerie médicale permettrait de voir à  l'intérieur d'un corps animal ou humain sans avoir à l'opérer. Un spécimen d'oursin a également été trouvé. Il pourrait renfermer une nouvelle famille de protéine fluorescente ou démontrer la présence d'une protéine connue dans un nouveau groupe.

Des rencontres exceptionnelles

Pour les scientifiques, même si les journées passées comme prisonniers des glaces ont pu être stressantes, elles ont également pu offrir de grands moments de bonheur avec l'observation de nombreux ours dans leur milieu naturel. Et comme l'indique l'équipe : " L'ours polaire mérite bien son nom scientifique « Ursus maritimus », car il nage et plonge en apnée avec une aisance déconcertante". L'équipe a pu voir de nombreuses espèces de pinnipèdes et se souviendra en particulier d'un phoque barbu bien curieux venu leur rendre visite lors d'une plongée.   Dans cette nature qui tient une nouvelle fois toutes ses promesses, offrant des paysages époustouflants à  l'équipage, leurs rencontres avec les inuits les a marqué tout autant.  A Cambridge Bay, l'équipe a ainsi rencontré Julia et Jerry, un couple de cinquantenaires qui réintroduit certaines traditions inuites. Dans cet univers  où « seuls les glaces et le temps sont maitres » comme ils disent, Julia er Jerry racontent les changements liés au climat et la nécessité pour les jeunes de renouer avec leur culture.

Un équipage qui n'a pas froid aux yeux

Portées par un esprit pionnier, les expéditions Under The Pole ont pour objectif de repousser les limites de l'exploration sous-marine. Reconnues internationalement pour leur expertise de la plongée polaire, ces expéditions ont déjà  rassemblé 150 équipiers, 180 entreprises et Instituts de recherche partenaires. A leur tête, Ghislain Bardout et Emmanuelle Périé-Bardout, sont un couple qui a fait de sa passion pour l'exploration un métier et un mode de vie. Car à bord, la vie est particulièrement intense : « Le plus grand défi  est de trouver l'équilibre entre la vie quotidienne à  bord, les plongées, les études scientifiques, les navigations, les escales... et le rythme des enfants », explique Emmanuelle. « Nous avons de la chance, nos enfants se sont très bien amarinés. A cinq ans, Robin tient son journal et celui de la mascotte de sa classe - Bernard l'Ecureuil - et adore monter en haut du mât quand les conditions le permettent. Les nombreux engins de chantier le ravissent et l'occupent lors des escales, tout comme préparer des crêpes lorsqu'il est en mer. A tout juste 15 mois, Tom fait lui ses premiers pas dans le haut Arctique. Il s'émerveille de tout et a pu admirer sa première aurore boréale il y a quelques jours, dans le silence du large, porté par les voiles. Si les contraintes de la vie sur un voilier et en collectivité existent belles et bien, les moments intenses passés avec Tom et Robin viennent toujours nous conforter dans notre choix de vie ».  L'équipe d'Under The Pole sera de retour en France en novembre prochain. Ils ont déjà programmé leur prochain départ pour la Polynésie française via l'Alaska au printemps 2018. 

Des vidées des expéditions sont visibles ici : https://www.zeppelin-geo.com/galeries/monde/utp3a_selection/utp3a_selection.htm