Qui est DCNS, le groupe qui a remporté un contrat de 34 Md€ ?

34 milliards d'euros ! Cela valait bien un appel nocturne du Premier Ministre australien pour annoncer lui-même au Président de la République que l'offre de DCNS était retenue par son pays pour la construction de douze sous-marins hauturiers


Le groupe industriel français, spécialisé dans l'industrie navale militaire, était face à deux concurrents, l'allemand TKMS et les japonais du consortium formé par Mitsubishi et Kawazaki. Ce contrat est " un partenariat stratégique pour les 50 prochaines années " a indiqué le groupe DCNS. Le contrat définitif devrait être signé officiellement dans quelques mois et rapporté directement au groupe de construction navale entre 8 et 17 milliards d'euros sans que ces chiffres soient confirmés aujourd'hui.


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Mais qui est ce géant de l'industrie ?

Côté chiffres : 12 771 salariés en 2015 et un chiffre d'affaires de 3,1 Milliards d'euros en 2014 et de 3,04 Md en 2015 pour un résultat net de 58,4 millions d'euros l'année dernière contre des pertes de 347,3 millions enregistrées en 2014. La part de l'international est passée de  33% du CA en 2014 à près de 50% en 2015. Le carnet de commandes qui avait déjà bondi en 2014 de 59%, va exploser tous les graphiques et toutes les courbes avec la commande de l'Australie !

Côté histoire, DCNS est un groupe asez récent dans sa forme actuelle. C'est en effet en 2007 que DCN (Direction des Constructions Navales) acquiert les activités navales de Thales ajoutant alors un S a son nom pour "services". Mais l'histoire est bien plus ancienne et les noms des réalisations sont aussi prestigieux que connus et reconnus : le Redoutable, les frégates La Fayette ou Horizon, le Triomphant, le Charles-de-Gaulle, les Barracuda ... Ce sont justement ces sous-marins d'attaque qui seront adaptés au marché australien.

Mais comme aime à le rappeler le groupe DCNS, tout remonte au cardinal de Richelieu. Alors premier ministre de Louis XIII, il décide de lancer la construction de plusieurs arsenaux afin de doter la France d’une puissance maritime capable de rivaliser avec celle de la Grande-Bretagne.Cette politique va être amplifiée par Colbert, secrétaire d’État de la Marine de Louis XIV, qui rassemble les marines de guerre et de commerce sous une seule administration et développe les arsenaux. A la fin du XVIIIème siècle, la France est devenue une grande puissance navale, grâce à ses arsenaux  de Brest, Cherbourg, Lorient, Nantes, Rochefort, et Toulon. Après la Seconde Guerre Mondiale, un état des lieux des arsenaux français vient compléter le décret de 1927 concernant les attributions des différents sites. Brest est ainsi chargé de la production et de la réparation des gros bâtiments, Lorient de la construction de bâtiments moyens, Cherbourg des sous-marins et Toulon de la réparation et de l’entretien de la flotte. Cinq sites, servant de ports d’attache, sont situés en Outre-Mer : Mers el-Kébir, Bizerte, Dakar, Diego-Suarez, Papeete. Au total, DCNS dispose de douze implantations dans l'hexagone.

En 1958, le lancement officiel par le général de Gaulle du programme nucléaire militaire français et de la politique de dissuasion va fortement accélerer les choses avec une structuration de la base industrielle et technologique de défense. En 1961, les arsenaux se détachent de la Marine. Jusqu'à cette date la Marine française assurait elle-même l'entretien et la réparation de sa flotte via les DCAN (Directions des Constructions et Armes Navales) et les ingénieurs des sites étaient des officiers du génie de la Marine. A partir de 1961, les arsenaux sont rattachés au Ministère de la Défense, ce qui facilitera la diversification de leurs activités dès les années 70. La création de la DGA (Direction Générale l'Armement) en 1977 pour centraliser l’ensemble des capacités de conception et de construction des armées au sein d’une délégation interarmées, et ce sous l’autorité du gouvernement, va permettre un nouveau développement comme le lancement de la frégate La Fayette " dont le design va inspirer toute les marines du monde " précise non sans fierté le groupe DCNS. Les années 90 marque le décollage international du groupe.  DCN International est créée. Cette entité a  justement pour vocation de promouvoir à l’international les activités de la DCN et de faciliter l’exportation de ses produits. Il faudra attendre 2005 pour l'ouverture des premières filiales à l'étranger avec DCNS Far East à Singapour, puis ce sera l'Inde, le Brésil, la Malaisie, l'Arabie Saoudite, l'Irlande, le Canada, le Chili. Aujourd'hui le groupe industriel est implanté dans une quinzaine de pays.

Un marché résolument international
 
Alors que l'Europe, confrontée à une enième crise économique et financière, voit les budget de Défense des différents pays de l'Union fortement contenus, ce sont vers les rivages lointains que se porte les ambitions du groupe DCNS. Et cela lui réussi plutôt bien ! Avec des concurrents souvent européens, le groupe français a su occuper le terrain et développer des alliances notamment vers les nouveaux centres de gravité du marché naval de défense que sont l'Asie, le Moyen-Orient et l'Amérique Latine. Comme le précise Hervé Guillou, le Président Directeur Général du groupe DCNS : " Le commerce mondial est plus que jamais maritime, les axes les plus empruntés traversent des détroits et des zones menacées par de fortes tensions géopolitiques. Les marines ont besoin de navires multimissions pour assurer à la fois la sécurité de leur territoire, des voies stratégiques et la préservation de leurs ressources maritimes. Face à ce constat, notre portefeuille de produits comportera demain davantage de navires modulaires pour être en parfaite adéquation avec les besoins opérationnels. Aujourd’hui, un grand nombre de nos clients demande la réalisation locale de leurs programmes navals, avec des transferts de technologie et de savoir-faire, afin de maîtriser leur souveraineté. Face à ces changements profonds de nos marchés,DCNS doit développer son emprise industrielle hors d’Europe".

Sea the future, un slogan d'actualité

Pour améliorer ses performances, le groupe se concentre sur l'innovation. Elle est au cœur de son ADN, depuis la création de La Gloire, la première frégate cuirassée en 1858, ou du Narval, le premier sous-marin (1899), jusqu’à, plus récemment, l’appontage, en 1ère mondiale, d’un drone autopiloté sur une frégate en navigation. Pour nourrir son potentiel d’innovation, DCNS pratique l’"open innovation", une politique ouverte qui associe sous-traitants, PME innovantes, laboratoires scientifiques et même certains grands groupes industriels avec lesquels DCNS a en commun de vouloir lever certains verrous technologiques, non concurrentiels. Chaque année le groupe investit une part de plus en plus importante de son budget dans la R&D. Ainsi en 2014, 94 millions d’euros étaient consacrés à l'innovation, soit 9% du CA.  Fin 2017, le budget de ce secteur devrait approcher les 120 millions d’euros.

A quoi ressemble un sous-marin Barracuda ?

Pas d'"Agence tous risques " à l'horizon, pas plus que de poisson carnivore aux dents en forme de crocs ! Non, ici il est question d'un sous-marin d'attaque dont la phase de conception a commencé en 1998 et qui entrera en service, pour la Marine française, en 2018. La version australienne ne sera pas à propulsion nucléaire comme le français mais à propulsion hybride diesel-électrique. Un transfert de technologie fait partie du contrat ce qui explique que la construction des douze sous-marins se fera à Adélaïde en Australie mobilisant ainsi sur place près de 4 000 ouvriers. En France, 3 000 employés DCNS et un millier chez les sous-traitants de rang 1 seront également impactés par ce contrat, soit plus de 4 millions d'heures de travail  a précisé la direction générale du groupe. Le premier sous-marin australien devrait être livré en 2027. Dans son communiqué, le gouvernement australien a indiqué que " le Groupe DCNS a notamment su proposer des performances supérieures en matières de senseurs et de furtivité, ainsi que des capacités de projection et d'endurance similaires à celle des sous-marins actuellement utilisés par la Marine australienne".

"L'équipe France" comme l'a surnomme Jean-Yves le Drian, le Ministre de la Défense, est également sur les rangs pour un contrat avec la Norvège en vue du remplacement de six sous-marins. D'autres batailles font rage au Canada, en Arabie Saoudite ou au Qatar. Aujourd'hui l'Etat français détient 62% du capital du groupe DCNS, Thales 35% et les salariés 2%.